Avec Maître Deshimaru, nos premiers pas

      Première recontre
  La première fois que j'ai rencontré Maître Deshimaru - je le revois encore - c'est en arrivant au Japon, sur un quai dans le port de Yokohama.
- Au Japon ? quel était le but d'un tel voyage.
- Je faisais partie d'un groupe de macrobiotique, des français en majorité, parisiens et provinciaux, mais aussi des belges, des allemands et des suisses, et même une suédoise. Nous devions participer aux Jeux Olympiques spirituels et culturels, un congrés macrobiotique international, dont Georges Ohsawa avait pris l'initiative l'année précédente. Au progrmme, des réceptions officielles à Tokyo et dans plusieurs autres grandes villes, des déplacements et des visites touristiques et naturellement des rencontres avec des groupes macrobiotiques locaux.
   De Paris, nous avions pris le train pour Bruxelles. A Bruxelles, un avion pour Moscou et de Moscou un autre avion pour Khabarovs. Toute la nuit nous avons survolé la Sibérie, une zone obscure, des forêts, avec par endroits une tâche ou un ruban plus clair, lac ou fleuve. Et là-bas à l'horizon, une lumière orange intense, le soleil qui à aucun moment n'a disparut complétament. Et puis encore, le train jusqu'à Nakhodka, en compagnie de dames de service soldement charpentées qui, mine de rien, nous tenaient à l'oeil, en particulier aux arrêts des gares.
   La traversée de la mer du Japon a été pour moi une épreuve redoutable. Notre navire a été accroché par la queue d'un typhon. Le mal de mer (je n'ai pas été le seul à en souffrir), le dégoût de toute nourriture, la difficulté de garder dans les coursives un équilibre précaire. Bref, je suis arrivé à Yokohama l'estomac complétement vide, et épuisé par une nuit sans sommeil.
   Du bord du navire, alors que nous nous préparions à descendre, j'ai vu sur le quai, au pied de la passerelle, un groupe de japonais qui nous attendaient. J'ai bien sûr reconnu Mme Lima Ohsawa. Autour d'elle, des messieurs en cravate et costume, et - impossible de ne pas le remarquer - un costaud en noir et blanc, les manches relevées sur les épaules. Qui cela pouvait-il bien être ? Un moine zen, me souffla-t-on dans l'oreille.
    C'était Maître Deshimaru. C'est la première vision que j'ai eue de lui.
    C'était en 1966, au début du mois de juillet.
                                                                                        

                                                                                                                                                                   
     
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