Juillet 1966 - Le kyosaku. Quel choc !
    Deux semaines plus tard, après ce premier zazen, dans le temple de Teisho-ji, nous étions de retour à Tokyo. Hebergés dans un autre temple, dont j'ai oublié le nom. Au lever du jour, comme nous en avions pris l'habitude, nous avons repoussé valises et vêtements contre le mur et plié en quatre les nattes sur lesquelles nous avions dormi.
  Ce matin-là, Maître Deshimaru avait demandé à un jeune moine de diriger le zazen à sa place. Nous nous sommes donc assis bien en ligne, à la même distance les uns des autres, comme Sensei nous le demandait. Mais, il faut bien le reconnaître, dans un silence relatif, parce qu'il s'en trouvait toujours un pour se plaindre de ne pas pouvoir croiser les jambes à cause de son genou, ou de sa cheville. D'autres se grattaient ou toussotaient.
   Zazen enfin commença.
- Clac !
Un bruit stoppe le courant de mes pensées. Sur ma natte je sursaute. Une valise  une porte ? peut-être !
- Clac !
Encore ! Cette fois je suis bien réveillé. Mais je n'arrive pas à situer ce claquement, encore moins à me l'expliquer.
- Clac !
"Aïe ! mais il m'a fait mal". Près de moi maintenant le moine lève haut un bâton qu'il tient fermement des deux mains.
- Clac !
Cette fois c'en est trop. On veut savoir ce qui se passe réellement. Les têtes tournent, à gauche, à droite. Où est-il ce moine qui nous frappe, qui nous tape dessus sans qu'on sache pourquoi. Pierre se relève en maugréant et quitte la salle.
Derrière nous, le jeune moine se tient debout, immobile maintenant, quelque  peu décontenancé par nos réactions, incertain sur la conduite à tenir.
Dans la matinée, Maître Deshimaru entend nos questions et nos plaintes.
- Look ! Sensei, dit celui-ci en découvrant son épaule encore rougie.
- Look ! Sensei, dit celui-là, qui avait reçu le bâton sur l'oreille, parce qu'il avait tourné la tête du mauvais côté, au mauvais moment.
Le lendemain, un autre jeune moine nous accompagnera. Il se contente de corriger nos postures par des gestes. Il reste silencieux et sourit.
   Plus tard, à Paris, Maître Deshimaru nous montrera comment recevoir le kyosaku et nous demandera de couvrir nos épaules. Et lui-même décidera de ne donner le kyosaku qu'aux personnes qui le demanderont.

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