Août 1966 - Mondo 
     Sur la plage de Héda, les jeunes ont entassé des branches mortes et des souches desséchées. Les flammes maintenant s'élèvent hautes et claires. L'atmosphère est à la détente. Nous chantons, tour à tour, les uns en français, les autres en japonais.
  Dans la nuit redevenue calme, nous sommes restés une dizaine auprès du feu qui se meurt, autour de Maître Deshimaru. Sensei se souvenait de cette soirée quand il a écrit dans "Vrai zen": "Lors des jeux olympiques, quelques personnes m'ont prié de parler du zen, en particulier par un soir tranquille, au bord de la mer, après un feu de camp, des dames françaises me demandèrent de parler de la mort. C'est une question qu'il est difficile de traiter par des mots, des notions ou des idées générales. Mais un grand moine zen, Dogen, a dit dans son livre, le Shobogenzo, "Des bûches qui brûlent deviennent cendres, elles ne peuvent redevenir bûches. Pour cette raison, vous ne pouvez y voir les cendres qui ne seront qu'après, vous ne pouvez y voir les bûches qui étaient avant".
   Ce n'était pas la première fois que j'entendais parler de Dogen et du Shobogenzo, mais, cette histoire de bûches qui deviennent cendres, et de cendres qui ne peuvent redevenir bûches, me laissa tout d'abord perplexe. En y réfléchissant....ça c'est bien vrai, pensais-je. Mais, ce soir-là sur la plage de Héda, accroupi auprès d'un tas de cendres fumantes, ma réflexion en était restée là.

        1966 - Bodhisattva
         Sur la plage de Héda, le mois d'août s'achevait. Notre séjour au Japon tirait à sa fin. Nous devions reprendre l'avion pour Paris, avec deux escales touristiques, l'une à Hong Kong et l'autre à Bangkok. Mme Tartière, l'organisatrice de notre voyage, avait invité Maître Deshimaru à Paris. L'affaire était entendue, nous le reverrions bientôt.
   Avant notre départ, Maître Deshimaru me remit un rakusu, le premier rakusu à un occidental. Il me donna un nom et un certificat.


                           "Certificats d'étude de zazen - zen orthodoxe.".
    "Je soussigné Deshimaru, héritier spirituel du grand maître zéniste SAWAKI, et secrétaire général des premiers jeux olympiques internationaux au Japon (juillet et août 1966), le décerne à Daniel Guétault.
                                  Tokyo le 26 août 1966".
    Zen orthodoxe ? Vrai zen ? Je me suis posé la question: qu'avions-nous donc appris de si important au cours de ces deux derniers mois ? A nous asseoir, immobiles et silencieux, avec patience ? Nous repartions avec les encouragements de Maître Deshimaru à persévérer.
  

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