Entretiens avec Eko Daniel Guétault

                                         
                                                   8- 1967 - Maître Deshimaru arrive à Paris

      Maître Deshimaru est arrivé à Paris le 17 juillet 1967. Non, ce n'était un hasard.  Nous l'y attendions. Nous, je veux dire le centre macrobiotique de Paris. Sa venue avait été annoncée dans la revue "Ying Yang" du mois de juin, comme suit:
" Maître Deshimaru arrivera le 17 juillet à Paris, et donnera une conférence exceptionnelle au c.i.i le 19 juillet à 20h30".
  A Paris, en juillet, les parisiens sont en vacances. Les activités au centre Ignoramus sont réduites. Seul le magasin Kaméo, rue Lamartine, reste ouvert. Aussi, tout naturellement, est-il demandé à Monique Le Breton qui assure la gestion tout l'été, de se rendre à la gare pour y accueillir Maître Deshimaru. Monique, je l'en remercie vivement, a bien voulu nous confier ses souvenirs.
    "Mi-juillet 1967. Je devais être un des seuls membres du centre Ignoramus encore à Paris, à pouvoir converser en anglais. Et c'est pourquoi il me fut demandé d'accompagner Mr Chalmont - qui, lui, avait participé au voyage au Japon l'année précédente - pour accueillir sur le quai de la gare du nord, les bras chargés d'un énorme bouquet de fleurs, Maître Deshimaru et son jeune disciple Abe San! Immense honneur pour la petite personne très timide et réservée que j'étais alors, quand bien même je travaillais depuis le début de l'année au magasin macrobiotique et au centre Ignoramus, deux endroits très fréquentés.
  Sensei Deshimaru et Abe arrivèrent à Paris par le transsibérien, après trois jours et trois nuits passés dans ce train légendaire. Première surprise, à la descente du train: apparition d'un homme dégageant d'emblée une forte sensation de puissance, en habit de moine zen, accompagné d'un jeune disciple très respectueux. Tous deux, voyageurs sans bagage. Ah, si! un tout petit baluchon sur l'épaule.
  J'offre mon gros bouquet au Maître qui très vite remercie ..... et me le confie! Le contact est direct, immédiat. J'explique que ce premier soir, ils seront hébergés chez un couple de libraires du Bd Saint germain, qui avait participé au voyage au Japon. Mais, qu'auparavant, il était invité à donner salle de l'homme et de la connaissance - un haut lieu des causeries spirituelles et ésotériques programmées à Paris tout au long de l'année - sa première conférence. Nous allions les y conduire directement.
  Juillet .... c'est dèjà l'été, la période des vacances. La conférence a été organisée au dernier moment, hors programmation, et pourtant la salle est comble. Maître Deshimaru ne peut s'exprimer alors qu'en un anglais plus que rudimentaire, mais son charisme, sa présence, ont de suite captivé et conquis l'auditoire."
  Maître Deshimaru en ce qui le concerne n'avait pas oublié ce premier contact avec un public occidental, quand il nous fit part de ses impressions:
  " Dès le lendemain de mon arrivée à Paris, je donnais une conférence devant une assemblée composée en majorité d'intellectuels. Je n'étais qu'un moine mendiant qui avait pour tout bagage le kolomo noir et le zagu de Kodo Sawaki.
Au premier rang, juste devant moi, était assise une personne au regard intelligent mais sombre et morose. Elle était alors à mes yeux le représentant du Sariputra européen.
Je me demandai de quelle façon je pouvais aborder ces intellectuels graves mais renfrognés: je montrai la posture de zazen et expliquai les mérites du kesa.
Depuis ce jour, cette personne n'a pas cessé de me suivre."
 
    Bien des années plus tard, Janine Monnot se souvenait encore de cette première conférence. Elle y avait assisté, assise au premier rang. Elle me dit une fois combien elle avait été immédiatement et fortement impressionnée par la personnalité de Maître Deshimaru, son énergie et son humanité, la simplicité et l'ouverture de son intervention. Elle avait dès cet instant décidé de le contacter sans attendre, avec le sentiment de rencontrer enfin, le Maître, que consciemment et inconsciemment comme nous tous, depuis toujours, elle cherchait.

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