Témoignages


                          1- Témoignage d'Olivier:
           
                 
A propos du zen et du dojo de Tours
                 
      Pour simplifier mon topo, j'ai jugé bon de le présenter comme un questions-réponses... une interview d'un simple pratiquant. Les questions sont calquées sur les questions phares que l'on me pose souvent en famille, au travail etc... Il faut croire que le zen .... ça intrigue.

- On m'a dit que depuis quelque temps tu es pratiquant dans un dojo zen?

- Oui c'est vrai. Cela fait maintenant plus de 11 ans que je me suis engagé dans cette direction...le zen. Je n'y ai ni grade, ni médaille et encore moins d'étiquette... c'est heureux ainsi.

- Et on fait comment pour s'engager dans le zen?

- On prend l'adresse du dojo et association de sa ville, de sa région. On y va et on pratique comme on peut. A la longue (comme dans toutes les associations dans lesquelles on reste) on s'implique et les choses se font naturellement. Pour ma part, mon implication est finalement assez légère. Je suis une sorte d'assistant des gens du bureau (s'il y a besoin), et j'encadre la séance de méditation du mercredi matin.

- As-tu eu des difficultés à rentrer en relation avec un groupe ou un dojo?

- Non. Les pages jaunes et internet peuvent être de bons alliés à ce sujet. Mais quant à mon entrée en matière, ce fut fort simple. J'avais envie. Je sentais que le moment était venu de faire le premier pas, car depuis longtemps je regardais le zen de loin en loin. Un matin, devant mon café (au bistrot), j'ouvre le journal du jour et tombe nez à nez (nez = zen à l'envers) avec un encart sur une conférence qui se tiendra le lendemain à 300m de chez moi. Je vais donc à cette conférence (très à la portée de tous) et je rencontre là-bas le responsble du dojo de Tours qui m'indique lieu et horaires pour les séances de méditation. Je suis allé à celle du lendemain soir même...donc en 2 jours l'histoire de ce premier pas fut vite réglée.

- Vous êtes nombreux?

- Je ne sais pas trop (je ne compte pas) mais il doit y avoir plus ou moins 30 personnes qui viennent régulièrement. Il y a des périodes plus bondées de monde que d'autres, mais l'effectif du dojo est disons stable. Le groupe dans lequel je pratique est un groupe de gens d'âges et d'horizons très variés. Persone au dojo, me semble-t-il, ne reste dans l'espoir de récolter un titre, un honneur quelconque. Je crois qu'on est simplement tous ici pour apprendre et découvrir une tradition qui semble nous attirer, nous appeler.

- Un groupe d'élus?

- Pas du tout. On est juste des curieux... et ça peut sembler... curieux. Je crois que les gens arrivent au zen par des chemins très divers. Moi, je crois que c'était: «comprendre l'homme et ses turbulences», (donc me comprendre moi-même), avec cette idée, cette conviction profonde que cela devait se passer au delà d'un cadre religieux. Avant de mettre les pieds dans un dojo (et les genoux au sol...) j'aime à dire que je pressentais déjà dans le zen cette idée de dépassement des religions. Le visuel même du mot ZEN ressemble, à mon goût, à une onomatopée, une vibration primaire qui parle au delà des mots et qui explique beaucoup.

- Alors maintenant tu es un converti au bouddhisme... un bouddhisme zen?

- Pas vraiement. En tout cas, pas dans un sens strict et étroit. Je découvre les enseignements du Bouddha par le biais du zen.Dire que je suis un converti, avec des ismes et des istes est une autre affaire. Vu de loin, c'est probablement assez étrange comme situation, mais dans le zen il ne semble pas y avoir de conversion, juste de la persévérance, et de la curiosité. L'idée d'être converti à un truc, me semble toujours suspect.

- Les convertis sont souvent des extémistes.

- Oui, dans un sens. A la longue, je dirais que par nature, je me sens des affinités avec le bouddhisme  plutôt qu'être un bouddhiste pur et dur. Il est vrai que le zen est de forte tradition bouddhiste, mais je crois sincèrement que l'enseignement du zen, la tradition même du zen, dépasse le cadre du bouddhisme. Le zen est une essence «universelle», un dépouillement sur lequel les traditions bouddhiques, et d'autres traditions (parfois religieuses), prennent leurs formes. Le zen me semble vraiment être au cœur même de ce que je sais du bouddhisme et ce que je sais ou crois comprendre des autres religions. C'est un peu ronflant comme affirmation. Continuer sa pratique, c'est justement continuer à plancher sur cette découverte, et donc découvrir encore et encore sur cet étonnant sujet.

- Oui, mais je crois savoir que vous chantez des prières dans une drôle de langue à la fin de vos cérémonies... C'est assez bouddhique çà.

- Oui, on peut le voir et le sentir ainsi. Mais mon expérience de la chose est assez différente. Déjà, ces chants ne sont pas des prières. Ils sont des sortes de synthèse de l'enseignement du Bouddha historique, et selon certains passages, ils sont des rappels du rayonnement, des voyages de cette tradition. Tradition qui a donc énormément bougé à travers les siècles. Le zen (ou essence du bouddhisme) est né en Inde, puis est allé en Chine, Tibet, Japon... pour l'essentiel Mais il y a aussi des pays comme la Thaïlande, le Cambodge où il s'est installé. Mais je ne suis pas un spécialiste de ces questions historiques et géographiques. Ce qui me semble important, c'est de découvrir le zen de l'intérieur, par ma pratique, mon expérience personnelle.

- Oui, mais dans le zen, on parle souvent de la disparition de l'égo, de distance d'effacement de soi-même, de dépersonnalisation pour gommer la souffrance.

- Ce discours est à mon avis une mauvaise interprétation des choses. Par la méditation, le pratiquant se trouve face à lui-même. Il se voit avec...disons... ses qualités et ses défauts. Dans le calme de la méditation, nos pensées (souvent nombreuses) surgissent, vont et viennent. Nous les voyons et les sentons (parfois avec douleur) et elles nous font prendre conscience, elles nous éclairent sur ce que nous sommes. Les aspects exessifs de notre être étant là, pour ainsi dire sous nos yeux, nous trouvons en nous les clés pour nous corriger, nous soigner, nous améliorer... certains diront nous parfaire. Entre se nettoyer (un geste qui coule de source) et se stériliser, ou se perdre, ou se tuer, il y a un pas à ne pas franchir, d'où la présence de maîtres ( ou d'anciens) afin de guider le pratiquant dans son travail. C'est là aussi qu'intervient la tradition écrite, comme point de repère. Le chemin emprunté par les autres et décrit par les écrits des autres, ça aide toujours un peu. Comme tout, il ne faut pas en abuser, et bien entendu, il ne faut pas que nos pieuses lectures sur la pratique soient considérées comme une ultime pratique.
Mais assez causé pour aujourd'hui, cher ami. Viens donc t'asseoir avec nous. Au dojo, il y aura toujours quelqu'un pour te montrer la posture

                                Olivier Jubault    novembre 2006

                                                 Retour au sommaire
                                                 
                                                       
Retour à la page d'accueil