Témoignages


                                 
                                      Sesshins
                                     1- Une découverte, avec Pascale.
                                     2- Un cheminement, avec Monique.
                                                 3- Sur le chemin, avec Chantal.


                                                                                                                                                   
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1- Une découverte.

       Cela fait bientôt 16 ans que je pratique zazen, pourtant je n'avais jamais osé suivre une sesshin. J'avais peur de ne pas supporter l'épreuve, j'avais besoin de temps pour me décider...
Puis un jour de juin(ou mai), je suis allée assister à l'ordination de Boddhisattva d'une de mes amies. Dès que j'ai pénétré à la Gendronnière, je savais que je reviendrais.
Le domaine est vaste et paisible, un peu coupé du monde. J'aime ce lieu, il s'y dégage de la sérénité, c'est un endroit intemporel régi par des règles simples.
Ici pas de «bip», tout est réglé au son de la cloche ou du bois. Si bien que le premier soir, j'ai hésité à faire «biper» mon portable pour le réveil du lendemain...j'ai choisi de....m'abstenir...je me suis réveillée comme un lotus!

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Je suis dans la chambre 5 avec lit, chevet, étagère et armoire sans porte et sans clef(le luxe absolu). Je me sens l'âme d'une nonne! Ma voisine de lit n'est pas venue, je suis donc bel et bien seule.

Le matin, après une brève ablution, c'est zazen, un moment unique et intense pendant lequel le corps s'éveille en harmonie avec le jour. L'esprit est calme et alerte à la fois.
A la fin de zazen, nous faisons une marche silencieuse tous ensemble dans le parc. Puis c'est l'heure du petit déjeuner, ici c'est la «gen maï»: mélange de riz et de petits légumes, assaisonné ou pas de gomasio ou de sauce de soja.
Retour à la chambre, puis
«samu»: service rendu à la collectivité, c'est à dire: ménage, jardinage, cuisine, petits et grands abords... Dès le premier jour, je me trouve affectée aux sanitaires, ce qui est excellent pour cultiver l'égo! Néanmoins la corvée s'est déroulée dans la bonne humeur grâce à l'infortunée compagne qui faisait équipe avec moi.

Ensuite, il y a le repas de midi qui se prend dans un bol unique, avec une cuillère unique et dans le silence (excepté pour la récitation des sutras). Pas de panique, les textes sont distribués à chaque repas.
Le repas, végétarien, est préparé sur place grâce à une équipe de cuisiniers aidés par les volontaires du «samu cuisine». Les légumes proviennent en grande partie du jardin du domaine entretenu par Raimund, le jardinier, et son équipe du «samu jardin».

Après le repas, il y a un temps libre, puis à nouveau «samu».

Ensuite, il y a zazen suivi d'ateliers divers: qi qong, shiatsu, chant...

Vient ensuite l'heure du diner silencieux. La journée se termine comme elle a commencé, par une pratique de zazen.

Les jours se répètent sur un mode identique et pourtant malgré la rigidité du programme, je ne me suis pas ennuyée.
J'ai rencontré beaucoup de personnes et les échanges ont été intéressants.
Le thème de la sessin était: «pas de saisie, pas de rejet».
Je garde de Gérard PILET (qui animait la sesshin) le souvenir d'un homme à l'écoute, bon, accueillant, cultivé et simple.

J'ai beaucoup hésité avant de venir mais c'est vraiment une expérience inoubliable. Pour être honnête, il y a des moments difficiles, mais j'ai beaucoup dormi (y compris dans la journée quand c'était possible), ce qui m'a permis de récupérer rapidement et de prendre le rythme.

J'ai gardé plusieurs jours après le «goût» de cette pratique intense qui nous protège d'un monde où on en veut toujours plus...
 
En fait la vie est simple... il suffit «juste de s'asseoir» souvent.

Encore un grand merci à l'accueil qui a été fait aux «primo pratiquants» par l'équipe de la Gendronnière et particulièrement à Bernadette et Chantal qui se reconnaîtront sûrement.

                                      Pascale Marie     -Août 2010-  
                                     
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2- Un cheminement.

    Je connaissais déjà la Gendronnière. La première fois, c'est "impressionnant". Cet été, je n'ai pas choisi l'enseignant: ce fut Roland Rech, et ce fut bien comme ça. Je le dis, comme ça, parce que c'est l'impression vraiment juste qui me vient.
Globalement, il me reste de cette sesshin une impression d'évidence. La simplicité de l'enseignement, son attention précise à la posture, au corps, m'a bien parlé.
De chaque sesshin, je rapporte un souvenir, une perle; comme un galet qu'on enfouit dans sa poche au cours d'une promenade et qu'on retrouve, à l'occasion. La premiére fois, ma perle était sonore: oh! la grosse cloche! oh! le drum! quelles vibrations!!
Le matin, à ma place habituelle au dojo de Tours, j'ai retrouvé mon caillou de cet été: "le regard large". Cette indication sur le regard a modifié ma pratique. Ma perle est une surface, un disque, au centre duquel se trouve le zafou, sur lequel je suis assise. Le mur ne m'apparait plus comme un obstacle, il empêche mon regard de fuir vers l'avant et me fait occuper seulement cet espace, où je me trouve, maintenant.

                                      Monique de Grissac

                                                     
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         3- Sur le chemin.

     Méditation, méditation...c'est quoi, exactement? On dit que la méditation permet de s'observer soi-même. Ah bon? Qu'à se voir tourner en rond dans ses pensées, on peut s'en libérer. Ah? on dit aussi que c'est la base de la spiritualité. Bon! il faudrait que j'essaie. Où? comment?  je ne sais pas. Dedans, au pied du lit? Dehors, là, sur ce caillou? ou bien sous cet arbre? Une phrase, lue Dieu sait où, passe et repasse dans ma tête:  «le nez à la verticale, les yeux à l'horizontale, le soleil se lève à l'est, le coq chante à l'aube». On dit que c'est ça la méditation.
C'est quoi méditer?
Non,  toute seule, je ne sais pas. A l'aide!
Allo? Il y a un groupe bouddhiste par ici? Vous pouvez m'aider? Oui? merci!

Mille questions préalables. Patiemment, des mots répondent. On essaie. Un zazen...deux zazen...c'est l'été, le dojo ferme pour un mois. Je peux peut-être en profiter pour découvrir ailleurs? Oui, va à la Gendronnière. Ce ne sera pas facile. Ne réfléchis pas. Observe. Suis. D'accord. J'accepte de ne rien comprendre. En route pour la Gendronnière.

Seize lits dans un dortoir. J'entends parler espagnol. C'est sûr, je ne comprends rien. J'observe. Dîner, dormir, dojo. Je suis. Les jours se suivent. Zazen, sieste, un travail ici où là, zazen, repas, zazen, encore un autre travail, un autre repas, un autre zazen, un autre réveil. D'autres personnes comme moi, débutent. Les jours passent. A voir leur motivation diminuer, je sens la mienne se renforcer. Je ne comprends toujours rien. Une «ancienne», 18 mois de pratique, m'explique ce qu'elle peut. Elle me présente son responsable de dojo. Il répond à quelques questions concrètes. Les jours passent: zazen, samu, repas, zazen, sieste, samu, dormir, se laver, zazen, samu, dormir...Je ne sais plus rien. Les autres «débutants» sont partis, déçus. La session de la Gendronnière est finie. Je suis «invitée» à une sesshin de fin de semaine, dans deux mois, à 200km de chez moi. J'irai. Je ne comprends toujours rien.
Mais je constate une seule chose: j'ai bien fait de venir. Une joie concrète envahit mon esprit. Sa cause: j'ai trouvé un cadre. Et dans ce cadre, les questions se dissolvent. Des racines poussent.

Quelques années plus tard, quelques dizaines de sesshins plus tard....

On m'a dit: tu peux faire zazen chez toi. Assise sur le zafu, les genoux au sol, observe ta respiration. Ne t'appuie pas sur tes pensées. Ne t'appuie pas sur tes sensations, sur tes émotions. Laisse les. Ni tu les fuis, ni tu les suis. Observe. accepte, ne juge pas.

On m'a dit: va régulièrement dans un dojo. C'est une aide concrète de régularité. Le groupe porte, le silence est plus grand. Loin d'être un repli sur soi, la méditation ouvre le regard. Sortir de chez soi peut aider à sortir de soi-même. C'est une aide plus subtile d'ouverure.

On m'a dit: va en sesshin.
En sesshin, on retrouve zazen, la méditation «à vide», sans support mental, où l'on expérimente en silence la liberté de ne s'appuyer sur rien, ni sur les pensées, ni sur les perceptions, sensations, émotions.
En sesshin, on trouve la vie ordinaire, faite des gestes quotidiens de nourriture, toilette, sommeil, de travail et de son exigence d'efficacité, de détente, de convivialité, dans des lieux appropriés. En sesshin, on est rarement seule. C'est alors l'occasion de transférer dans l'action, et dans l'interaction avec ses partenaires, l'expérience apparemment solitaire, immobile et silencieuse de zazen. Se concentrer sur l'action en cours, sans paroles inutiles qui dispersent. Être pleinement dans son geste, sans retenue, sans avidité. Accepter pleinement de suivre. Sans manifester d'esprit de préférence: quand c'est la sieste, c'est la sieste, quand c'est samu, c'est samu.
En sesshin, on trouve le samu, le travail. Au-delà de la participation aux tâches de fonctionnement, le samu est l'occasion de pratiquer le «ni saisie, ni rejet» dans l'action, en complémentarité avec son ou ses partenaires, chacun étant conscient et respectueux de sa propre pratique et de la pratique de l'autre. La pratique de l'un rejoint la pratique de l'autre. Ni concentration volontariste, ni relâchement, l'attitude juste se révèle peu à peu dans les situations les plus diverses.
En sesshin, on trouve...un ancien. Une sesshin est une période, entre 1 et 10 jours, consacrée à la pratique dans un lieu quelconque permettant la vie d'un groupe. Elle est toujours dirigée par un «ancien»,  qui y offre le témoignage de sa propre pratique, et y donne un enseignement verbal. Il encourage, éclaire, oriente ceux qui le souhaitent. Participer à une sesshin est alors pour eux l'occasion de rencontrer leur «maître». Seul Bouddha reconnaît Bouddha.

             3 ancrages dans la posture: le safu, les genoux, la respiration.
            3 cadres pour une seule pratique au quotidien: seul, en dojo, en                sesshin.
              3 «poisons» dans la vie: l'avidité, le rejet, sources de                         l'ignorance.
             3 trésors sur la voie: Bouddha, Dharma, Sangha.

C'est en sesshin que je découvre la pratique profonde de la vie quotidienne. C'est en sesshin que je découvre la sangha (le groupe de pratiquants), et l'importance des interactions qui s'y vivent.
C'est la vie quotidienne qui est la pratique spirituelle.
C'est l'instant, quel qu'il soit, vécu dans sa libre plénitude, qui est source de joie sans cause.

            «Les yeux horizontaux, le nez vertical. Le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest. Le coq chante à l'aube». Par cette citation de maître Dogen (13eme siècle), Maître Deshimaru (20eme siècle), évoque le satori. «Le satori, c'est revenir à la condition normale, originelle. Ce n'est pas un état spécial. Inconsciement, naturelement, automatiquement, le satori se réalise.»

                                                                                  Trésor du zen 
                                                                                                Textes de maître Dogen commentés par Taisen Deshimaru
                                                                                                                                 
Spiritualités vivantes, Albin Michel, 1986

                                                                                                                                                            
Doko    C.B
                                                                                                                         
                                                                                                                     
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