Entretiens avec Eko Daniel Guétault


                       7- 1968 " Vrai Zen.
          "Vrai zen" - c'est le titre que Maître Deshimaru a donné à son premier livre. Livre? à vrai dire, plutôt un ensemble de quatre-vingt pages tapées à la machine et polycopiées, dont la rédaction et la réalisation ont été le fruit d'une collaboration étroite avec Taigen René Joly.

                         

En préface, un texte de K. von Durkheim, rencontré en Forêt noire au début de la même année: "Le zen touche au tréfonds de l'être humain, au "noyau", dont l'expérience plus ou moins consciente se trouve à la base de toute religion vécue. Cela dans la mesure où son contenu originel ne s'est pas encore perdu dans le durcissement d'une forme, soit-elle la cristallisation dogmatique d'une croyance, d'un culte ou d'une institution, dont l'ordre extérieur, cimenté, supprime ou bloque assez souvent le développement intérieur de ses participants." " Pratiquer zazen sous la conduite de Maître Deshimaru est une expérience inoubliable, avec cette force, cette sérénité et cette bonté qui depuis toujours sont le signe du Maître".
 

Dans les pages qui suivent, une liste. Une liste de
noms. Les personnes que Maître Deshimaru tient
tout particulièrement à remercier pour leur aide dans
la préparation de ce premier livre.
J'ai eu l'occasion de les rencontrer et de les connaître,
entre autres, le Révérend Taigen René Joly (premier
moine ordonné par Maître Deshimaru), Raymond
Lambert (professeur de yoga), Rose-Marie Fuchs
(alors secrétaire de Maître Deshimaru), Madame
Pérusat-stork (première nonne ordonnée par Maître
Deshimaru).
Dans une deuxième liste, Maître Deshimaru remercie
"tous ceux et celles qui m'ont aidé dans mon travail et
ma mission". Des amis japonais, les membres de
l'ambassade du Japon. Et aussi des macrobiotiques rencontrés l'année précédente à Tokyo, ceux qui l'avaient invité en province ou hébergé à Paris, d'autres responsables du magasin Kaméo rue Lamartine où il prenait souvent ses repas.
Ces deux listes seront complétées, allongées, dans une première parution de "Vrai zen" en librairie (courrier du livre - 1969), mais disparaîtront presque aussitôt, la même année, dans une réédition "revue et corrigée". Déjà, le temps passait.......
Le neuvième et dernier chapitre regroupe essentiellement des articles déjà parus, et cela à partir du n°74 de janvier 1967, dans la revue "Yin Yang".

Vrai zen: Pourquoi Maître Deshimaru a-t-il écrit ce livre?
"Pourquoi ai-je écrit ce livre?" parce que " le zen peut apporter lumière et force à l'humanité. Il doit devenir au siècle prochain (le 21ème siècle - le nôtre) l'idée-force capable de l'aider à évoluer et de lui apporter la paix."
Pour beaucoup, le zen n'est qu'une religion de l'Asie parmi d'autres. En fait..... le zen est comme l'eau vive, sans cesse renouvelée, qui jaillit toujours fraîche. Il est toujours actuel, il se recrée à chaque instant."

Vrai zen: Les grands moines du passé.
Le Denkoroku, ou plus précisément le Keizan-osho-denkoroku, présente une biographie des cinquante-trois patriarches de la lignée Zen Soto, du Bouddha Shakyamuni à Koum Ejo. Vrai zen: Maître Deshimaru nous dit comment l'ont vécu certains d'entre eux.
"Ejo, le successeur de Maître Dogen, devint moine à dix-huit ans. Il fit des études universitaires très sérieuses au grand Centre d'Etudes Bouddhiques du Mont Hiei à Kyoto, puis il revint à la maison.
Sa mère lui dit: Pourquoi êtes vous devenu moine? Est-ce pour devenir Supérieur d'un grand temple? Pour faire partie de la hiérarchie officielle et devenir moine de renom? Non. Vous devez devenir mendiant, porter le vêtement noir traditionnel et le kesa noir, et vous adonner à la pratique de zazen.
Maître Ejo ne retourna pas à l'université. Il alla trouver Maître Dogen.... pratiquer le zazen avec lui, et après sa mort, répandit son enseignement."
"Dogen, qui fut à l'origine du Soto Zen au japon, vécut aussi dans un petit ermitage, en montagne. L'Empereur lui offrit un jour un somptueux kesa violet. Dogen ne put refuser ce cadeau de l'Empereur, mais il ne voulait pas le porter. Et il écrivit un poème: - Peu profonde est la vallée de Eihei,
                                                                                  Si profonde la grâce de l'Empereur!
                                                                                  Moqué par les singes et les grues
                                                                                  Un vieil homme en robe violette.
L'un de ses disciples devint conseiller du gouvernement. Maître Dogen fit aussitôt retirer le parquet à l'endroit de sa place dans le dojo. Il fit creuser le sol profondément, en retira la terre qu'il jeta comme polluée, souillée.

Vrai zen: Un grand moine du temps présent.
Maître Deshimaru nous parlait souvent de Kodo Sawaki, "mon maître.... héritier de la véritable tradition Zen", dont il a suivi l'enseignement pendant plus de trente ans.
"Tout spécialement j'étais émervellé en voyant sa posture de zazen, belle, solennelle et simple, comme d'un Bouddha vivant. Je la considérais comme la plus parfaite au monde."
"Maître Kodo Sawaki n'avait pas l'aspect du religieux ou du moine ordinaire. Il n'avait pas de temple à lui. Il vivait, de passage, dans des maisons ou dans des temples. Car il voyageait constamment, donnant des conférences sur le Zen, dans tout le Japon.

Vrai zen: Zazen
Maître Deshimaru consacre la partie la plus importante de ce premier ouvrage à une explication détaillée de la pratique de zazen. Nous le savons nous maintenant: "C'est en pratiquant la méditation dans cette position que le Bouddha a atteint le Satori ou Illumination. Cet état mental représente la philosophie zen et permet de la comprendre." (page 30).
Mais ne l'oubliez pas, en 1968, nous manquions encore d'informations et notre assise manquait de stabilité et de bon équilibre, aussi Maître Deshimaru se montre-t-il précis dans son exposé. La table des matières en témoigne:
         

Vrai zen: Sans but,sans esprit de profit personnel, mais non sans conséquences positives.
Qui commence zazen sans en espérer un retour, une solution à des problèmes personnels jusque là sans issue? avant de se rendre compte que cette espérance est l'obstacle principal à une véritable guérison du corps et de l'esprit.
Pour nous aider, pour retenir notre attention d'occidentaux, rationalistes, sensibles aux chiffres, aux pourcentages, aux analyses, Maître Deshimaru nous communique les résultats d'études conduites dans des laboratoires au Japon.
               
                                                                   (Table des matières - page 83)
"Mais nous ne devons avoir aucun espoir d'une récompense. Quand nous faisons zazen, ce doit être sans aucun but, sans objet, sans l'espoir d'un résultat. Ceci est très important dans notre Soto Zen. Nous devons arrêter le mental, ne pas continuer à penser. Nous ne devons pas retenir de sensations particulières ou d'idées préconçues." (page 38)

Tous concernés:
A nous tous, occidentaux et laïcs, Maître Deshimaru donne une clef. Il nous montre le chemin, en rappelant brièvement une part de son expérience de la pratique de zazen:
"Quand j'ai demandé à Maître Kodo Sawaki de devenir son élève, de devenir moine - s'il vous plaît, acceptez-moi comme disciple - il me répondit: "vous n'avez pas besoin de devenir moine, car l'attitude professionnelle de "moine de carrière" n'est pas bonne. Si vous voulez devenir un vrai moine zen, venez pratiquer zazen avec moi. Vous n'avez pas besoin de vous raser la tête, de vous habiller en moine, de quitter votre famille et de vivre dans un monastère".

Si je voulais devenir moine en esprit, il n'était pas nécessaire de changer mon mode de vie." (page 15).

      
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